L’épreuve des faits et celle du feu

Depuis le 10 juillet, le feu dévaste la Restonica et le Niolu. Si la fatalité joue pour les départs de feu, provoqués par la foudre, elle n’a qu’un petit rôle dans la suite des événements. Selon Hyacinthe Vanni, président du Sdis 2B, au micro de nos confrères de RCFM le 20 juillet: «Les moyens aériens ont manqué, et n’ont pas été là quand il le fallait». D’où lutte au sol avec des risques accrus pour une efficacité moindre. Le lendemain, la nouvelle préfète de Haute-Corse démentait cela dit toute «défaillance» et soutenait que jamais la Corse n’avait disposé de tant de moyens. De méchantes langues pourraient lui répondre qu’il est bien beau de disposer de moyens si on ne les utilise pas. L’incompréhension règne aussi : quel contraste entre l’absence de support pour la Corse quand le Var bénéficiait d’un tout autre traitement dès le démarrage du feu de Taradeau le 19 juillet. Quatre Canadair, deux DASH, quatre hélicoptères y ont été immédiatement déployés. Évoquons pour mémoire la commotion nationale lors de l’incendie de la forêt de Fontainebleau, assortie de promesses immédiates de renforcement de la flotte de lutte anti-incendie. Et repensons à Maxime Torrente, collaborateur parlementaire LR, qui ironisait sur X, anciennement Twitter, le 30 juin dernier en réponse à un twitto corse: «Quand vous avez besoin de nos (sic) Canadairs (re-sic) on vous entend moins demander à être tranquille». Outre que la saillie a mal vieilli avec l’envoi une semaine plus tard des deux blindés Micna du Sdis2B, partis en renfort sur les feux des Pyrénées orientales, elle dénote une mentalité encore trop répandue. Celle qui consiste à croire, et à affirmer de manière implicite, que l’attribution de moyens de lutte contre l’incendie s’apparente à une largesse de l’État dès lors que sont touchés des «territoires» par trop excentrés. A fortiori lorsqu’ils sont perçus comme «assistés», en dépit des réalités fiscales et des «valeurs» républicaines. Avec pour corollaire l’obligation faite aux populations concernées de se répandre en remerciements sans trop râler pour tout le reste. Même infondé, l’odieux principe de «ne pas mordre la main qui nourrit» se porte hélas fort bien. Sans doute est-ce là le destin de tous ceux qui ne sont considérés comme français que pour les impôts.

Eric PATRIS

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