Pour certains professionnels du tourisme, la réponse est oui. À l’ère d’Instagram, le paysage se doit de correspondre à l’idée que s’en est fait le vacancier. Quand bien même cela implique de mettre en péril ce qui est censé être l’atout de la « destination ». Récemment, le quotidien Corse Matin s’est ainsi fait l’écho des doléances de touristes (et par voie de conséquence de gérants de paillotes) à propos de la présence de banquettes de posidonies sur certaines plages corses. Essentielles pour préserver le littoral de l’érosion, ces banquettes qui, du moins en principe, sont strictement protégées, sont jugées « pas jolies », « sales » et, comble de tout, ne correspondent pas à l’image de « la » plage corse que quelques-uns se promettaient de diffuser sur leurs réseaux sociaux. Ce n’est pas nouveau. En 2019, déjà, dans le même quotidien, Marie-Lucie, vacancière originaire de la région parisienne, déclarait que la plage ne la faisait « pas rêver » d’autant que les plantes marines étaient présentes « non seulement sur la plage mais aussi dans l’eau ». Elle n’y allait pas par quatre chemins : « il serait judicieux de les enlever pour qu’on puisse profiter pleinement de notre été ». La belle idée que voilà, racler les fonds marins pour avoir une eau qui ressemble à celle de la piscine Joséphine Baker. Rien que ça. Cela dit, que Marie-Lucie se rassure, les mouillages, sauvages ou plus ou moins encadrés, de bateaux de plaisance ainsi que la pollution et le changement climatique finiront par avoir raison des prairies sous-marines. En revanche, le vacancier ignorant et arrogant, toujours prompt à exiger que l’endroit où il ne fera que passer soit conforme à la carte postale (souvent générée par IA) qu’il a vue sur Facebook, aura prospéré. Et ce d’autant plus que certains sont prêts à tout pour le satisfaire, au prétexte que si on ne le fait pas, il ira ailleurs. Ce qu’il fera inévitablement, le jour où, à force de concessions obséquieuses, de dérogations « exceptionnelles » mais récurrentes, les plages auront disparu, réglant une bonne fois pour toutes le débat sur les banquettes de posidonies.
Elisabeth MILLELIRI