L’ÉTAT PLANTE DES TAXES, PAS DES ARBRES

«Notre maison brûle et nous regardons ailleurs», déclarait Jacques Chirac à la tribune du 4? Sommet de la Terre de Johannesburg en 2002. Près de 25 ans plus tard, les successeurs du président français semblent enfin avoir tourné le regard vers l’incendie. Mais, à défaut d’endosser la tenue de pompier de service, ils ont préféré garder la panoplie du bureaucrate. À la citation originelle pourrait donc se rajouter: «… et nous taxons, normons et bureaucratisons.» Si seulement le vent brassé depuis les ministères servait, à minima, à refroidir un pays dont la température a augmenté de près de 2 degrés en un siècle et qui pourrait voir le thermomètre grimper de deux degrés supplémentaires d’ici la fin du prochain! Car, pendant que les ministres s’essaient à la méthode Actors Studio en ouvrant leurs bureaux climatisés aux caméras, le pays, lui, suffoque; les arbres se fendent et le raisin confit sur les ceps. Écoles, hôpitaux, Ehpad, casernes de pompiers ou encore commissariats de police cherchent les moyens de se rafraîchir, à coups de couvertures de survie sur les fenêtres, tout en continuant d’assurer les services publics. «Les climatisations n’empêcheront pas les incendies», avait déclaré Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, probablement après une période prolongée au soleil. Pourtant, la ministre de la Santé, à défaut de réhabiliter les hôpitaux, avait prévenu qu’il fallait éviter les heures les plus chaudes et boire beaucoup d’eau. Certes, la climatisation ne réglera pas le problème; elle pourrait même l’amplifier localement. Mais si les mesures d’urgence sont sacrifiées sur l’autel de l’idéologie, où sont aujourd’hui les places et cours d’école végétalisées, la rénovation énergétique des logements sociaux, les parcs urbains, l’adaptation des horaires de travail, la perméabilisation des sols, la gestion de l’eau? La liste est encore longue. Des mesures de bon sens, préconisées par les scientifiques, les experts du climat, les architectes, les urbanistes et bien d’autres, semblent aujourd’hui être coincées quelque part entre des promesses électorales et un PowerPoint des comités de planification. Pour lutter contre le réchauffement et surtout se prémunir des vagues de chaleur annoncées depuis plus de 50 ans, la France a fait ce qu’elle sait faire de mieux: faire tourner à plein régime ses usines à taxes et autres impôts. Près d’une quarantaine de taxes en lien avec l’environnement sont dénombrées. À côté des taxes sur les carburants, les Français sont appelés à mettre la main à la poche pour les pylônes électriques, l’immatriculation de leur voiture, la distance parcourue sur autoroute, les billets d’avion, le permis bateau, les remontées mécaniques, les lessives, les déchets ou encore leur permis de chasse et de pêche… Bref, près de 70 milliards d’euros sont prélevés, ici et là, sous des prétextes environnementaux. Si les montants perçus irriguent l’ensemble du budget de l’État, les moyens alloués à l’adaptation aux effets du changement climatique n’y sont pas vraiment. Le célèbre Fonds vert, bras armé du gouvernement, a fondu comme la banquise, passant de 2 milliards d’euros en 2023 à 896 millions d’euros en 2025, et de nouvelles coupes budgétaires sont prévues. Bilan de la renaturation: 17,3 km². Une goutte d’eau qui a permis, selon le gouvernement, de rapprocher 3 millions d’habitants à moins d’un kilomètre de la «nature». Espérons que, derrière ces chiffres, ne se cachent pas quelques jardinières disposées sur des placettes bitumées. L’arbre qui cache le désert d’une France écrasée par sa propension à légiférer et à alimenter son usine à gaz administrative et réglementaire plutôt que de passer à l’action. Sans négliger le principe de réalité qui doit guider chaque décideur, les intentions, aussi louables soient-elles, doivent être en adéquation avec le quotidien économique et social de la population. Le renforcement du DPE (diagnostic de performance énergétique), l’instauration des Zones à faibles émissions dans les métropoles, les microtaxes ou encore l’incitation aux transports en commun dans un pays miné par les crises budgétaires, économiques et d’infrastructures suscitent davantage le mécontentement que l’adhésion. Attention, non plus, à ne pas faire payer l’intégralité de la facture du réchauffement climatique aux Français. La Chine, les États-Unis et l’Inde représentent, à eux trois, près de 50 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Certains voient dans ces mesures l’instauration d’une «dictature verte». Un sentiment qui pourrait bien pousser les électeurs vers les extrêmes et conduire à un avenir encore plus sombre pour l’environnement.

par Christophe GIUDICELLI

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