Ouvert, fermé ? Telle est la question…

En ces temps de grands départs en vacances, le réflexe de nos amis touristes est de se fier à Bison Futé pour connaître l’état du trafic routier. Le sorcier indien vous expliquera comment adapter vos horaires sur l’autoroute du Soleil afin de ne pas rater le ferry à Marseille. En Corse, plus pragmatiques, nous nous contentons d’un coup d’œil rapide sur la web cam de la Collectivité de Corse pour savoir si nous pouvons franchir le col de Vizzavona entre décembre et février. Pour le reste, qu’il s’agisse de l’entrée d’Ajaccio, des ronds-points du Grand Bastia, de Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio, de Moriani, de l’entrée de la Balagne ou encore du feu rouge d’Olmeto, nous avons développé depuis longtemps un sens aigu de la patience et de l’organisation horaire, bien avant l’arrivée de Waze et autres Google Maps. Une seule capacité nous manque encore. Nous autres, amoureux de l’automobile, n’hésitant jamais à saisir la moindre occasion de nous installer derrière un volant, même pour parcourir une centaine de mètres en centre-ville, n’avons toujours pas développé le don de prédiction permettant d’anticiper la fermeture du tunnel de Bastia. Tel le chat de Schrödinger, ce n’est qu’une fois devant le fait accompli que nous découvrons l’état quantique de l’ouvrage. Et nous voilà plongés dans une scène de film catastrophe, entourés de centaines d’automobilistes cherchant désespérément à quitter la ville le plus rapidement possible.

Ouvert, fermé ? Telle est désormais la question que l’on se pose à Bastia comme à Ormuz. Depuis le début du mois de mars, l’information principale de la journée est devenue l’ouverture ou la fermeture du détroit : partiellement, totalement, dans vingt-quatre heures, pour certains navires, pour trois jours, pour une semaine...

Jamais la circulation maritime n’aura autant passionné le monde entier. Si bien que l’automobiliste bastiais bloqué, lui aussi, devant l’entrée du tunnel, connaît désormais, journal radio en fond sonore, le moindre chenal navigable, sa profondeur et les zones minées du détroit. À Bastia comme à Ormuz, les moteurs tournent au ralenti dans les embouteillages. La seule différence, c’est qu’à Ormuz, on sait au moins pourquoi ça bloque. Quoique…

Christophe GIUDICELLI

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